Autour du théâtre municipal ce dernier jour d’août : que des terrasses ensoleillées ! C’est sûr : Namur n’est pas en Wallonie en déclin ! Elle est au contraire le lieu où, pendant cinq jours, s’est tenu l’Intime Festival . Un écran me dit que c’en était la treizième édition et je m’interroge : où étais-je donc ces douze dernières années ?
Difficile, quand, comme moi, on n’est pas du lieu et qu’on n’a assisté qu’à quelques moments, de rendre compte du plaisir offert par des dizaines de rencontres ? Petit effort quand même…, accompagné hélas d’une tristesse : je n’aurai pas entendu Laure Adler ni Adèle Yon, pas entendu les lectures de Charles Berling et Nicolas Maury.
Voici Gilles Collard. Il nous présente Klaus Mann (1906-1949). Il le fait sortir de son illustre engendrement. Certes il est le fils de Thomas Mann (1875-1955) le magnifique auteur de La Montagne magique, tenu comme opposant au nazisme. Mais il s’y illustra aussi : auteur, à la veille de l’avènement du sinistre régime en 1933, de ce que est souvent tenu pour premier roman homosexuel : La danse pieuse, il dut s’exiler aux USA. Il fut aussi animateur, notamment avec Gide et Cocteau, d’une revue engagée. Ensuite : combattant dans l’armée américaine en guerre. Gilles Collard a présenté la personnalité de l’auteur et la fin tragique de celui-ci dans le monde des substances psychotropes.
Je le confesse : j’étais surtout venu pour Maylis de Kerangal. J’avais lu Jour de ressac il y a quelques mois et en avais exprimé mon enthousiasme par un commentaire sur cette plateforme numérique : https://lireecrire.com/jour-de-ressac/. Mon seul regret ce 31/8 : avoir lu le livre sur un support numérique et m’être ainsi privé d’une dédicace de la charmante auteure.
Les propos qu’elle a échangés avec un journaliste de Lire magazine (sans doute pas celui qui l’avait éreintée dans ses colonnes) m’encouragent dans une vision de la littérature : importance des lieux et de leur dynamisme propre ; situer les personnages dans une vie sociale et souvent professionnelle ; chercher les mots et les formes qui correspondent bien au rythme du moment de l’intrigue.
Avant de regagner ma propre capitale (disons : celle qui m’accueille !), je m’attarde un instant à écouter Farouk Mardam-Bey, inlassable à établir les liens entre littératures arabes et francophones. Il nous le rappelle : « pour comprendre l’histoire, il faut lire aussi lire de la littérature ». J’emporte soigneusement avec moi, même si le titre m’embarrasse un peu autant qu’il m’intrigue profondément (mais, dans le fonds, c’est cela la fonction de l’art : bousculer les certitudes) : Dans la tête de Bachar El-Assad.
Sur la route de retour, je remercie les organisateurs et organisatrices, me réjouis du parrainage de la manifestation par Benoit Poelvoorde. Et me dis que j’aurais déjà dû noter déjà la date de l’édition 2026.
Le 1/9/2025