Villers la Ville, la patience, les livres et moi !



Ambiance sympa, chaleureuse (merci la Commune, merci Ann Donneux surtout !)  Propice aux belles rencontres et accessoirement, à la diffusion de mes livres. J’ai vendu … un peu mais, quand j’ai discuté avec d’autres exposant.e.s., j’ai vu que j’étais dans la moyenne !
Que voulez-vous, entre ceux qui ne veulent plus lire et celles qui n’ont plus de sous, la vie post-rédaction n’est pas facile pour un romancier, amateur de surcroît (au moins par ses procédés et structures de diffusion. Pour la qualité :  qui est juge et habilité à imposer sa subjectivité critique ?)

Un salon, le temps peut y être long quand on guette la clientèle ambulatoire, qu’on réfléchit à comment on va en aguicher les membres, les héler par des sourires avenants, retenir leur attention et arrêter leurs pas par des propos ajustés, bref s’assurer un instant de leur attention exclusive. Alors, on échange avec ses voisin.e.s. des sourires, des paroles, des expériences. Puis on se lève, on regarde les autres tables, on exprime quelques paroles positives. Après, on quitte de nouveau son stand, cette fois au bénéfice du bar… Mais, quoi qu’on fasse, quelles que soient les postures qu’on adopte, le temps semble vite long quand on ne signe et vend pas un livre à la minute !

En réalité, il est surtout long pour qui, comme c’est mon cas, pense que, s’il y a un talent à lui reconnaître, c’est le style. Pas le marketing. Vrai : je préfère manier la souris que lancer des harangues commerciales, imaginer scènes et personnages plutôt que m’enfler la gorge de propos qui font d’un livre un produit de marché. Je me demande d’ailleurs si Leila Slimani, Pierre Lemaître et consorts, voient les choses autrement et s’ils ne viennent pas dans les salons pour autre chose que le plaisir de leurs éditeurs.

Quoi qu’il en soit… je reste avec, toute idée de talent littéraire remisée, une obligation ferme d’adopter une position de modestie, d’humilité. Je dois bien accepter de voir sentir vains les mots, pourtant si soigneusement ciselés la veille, et qui trouvaient mille qualités à mon travail littéraire. Je suis contraint d’observer les chalands hâter le pas dès qu’ils arrivent à proximité de ma table. Avec ma voisine de stand, on s’amuse un instant d’une idée : recenser les perles de gêne de ces visiteurs soudain pressés (par on ne sait d’ailleurs de quoi…). Exemples : je ne lis pas beaucoup ; je n’achète jamais de livre ; ou alors en numérique ; je n’ai pas le temps aujourd’hui ; je n’ai pas d’onde positive avec vos papiers ; c’est cher quand même, non ?

Quand les rires de Clara (1) et les miens s’apaisent, je me mets à réfléchir sérieusement : comment déterminer de quel genre est le visiteur ou la visiteuse, comment choisir le discours qui l’emmènera à l’achat ? Surtout :  comment promouvoir un ouvrage en tenant compte de la désaffection de la lecture au profit des brèves sur écran, du reste de plus en plus audio ? Comment gérer le désenchantement devant les thèmes traditionnellement moteurs des intrigues et que sont l’amour et la quête de l’idéal ? Peut-être en partageant qu’en ces temps de mondialisation de l’inquiétude et de l’angoisse, il faut impérativement parler de bonheur, se réjouir de belles histoires et se souvenir que derrière la neige il y a le crocus ! 

Le 4 février 2025


  1. Comme les chroniqueurs sérieux le font, j’annonce ceci : « le prénom a été changé »

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